Présentation Labo NRV - 3 décembre 2018

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Rendre public,
l'éditorialisation comme contexte de création

Bérénice Serra
bereniceserra.com
hello@bereniceserra.com
Twitter : @berenice_serra
Instagram : @berenice.serra

Problématique

Comment et pourquoi repenser la relation entre la production des contenus artistiques et les moyens de leur diffusion en ligne (et dans le monde physique)?

1. L'éditorialisation, qu'est-ce que c'est ?

→ D'après Marcello Vitali-Rosati et Bruno Bachimont

Sur le web : l’éditorialisation est un ensemble de moyens techniques (réseaux, serveurs, plateformes, CMS, etc.) de structures (hypertexte, multimédia, metadata, etc.) et de pratiques (annotations, commentaires, recommendations par les RS, etc.) qui produit, organise et permet la circulation des contenus.

Sur le web et dans l'espace physique : actuellement, exister c’est être éditorialisé. C’est une question de visibilité (TripAdvisor, Google Maps, Facebook, Twitter, Linkedin). On pourrait alors dire que toute pratique qui tend à comprendre, organiser ou juger les éléments qui constituent notre monde sont des actes d’éditorialisation.

En pratique : ces structures technologiques et culturelles ont besoin d’une pratique pour pouvoir être mise à jour. Ce point souligne l’importance du collectif dans le processus d’éditorialisation.

Exemple

« Considérons l'exemple des hashtags. L'action de mettre un # avant un mot dans l'environnement Twitter fait de celui-ci un mot-clé. À l'origine, cette action n'avait pas été prévue par la plateforme, car Twitter n'avait pas été conçue pour gérer des mots-clés. Puis, un premier usager a commencé à utiliser le #, bientôt suivi d'un groupe de personnes, et cette action est devenue une pratique – pratique qui a obligé Twitter à adapter sa plateforme, pour prendre en compte les mots-clés – que nous appelons aujourd'hui des hashtags. Pour le dire autrement, les pratiques influencent la technologie et la façonnent tout autant que les pratiques ont un fondement culturel – l'histoire des mots-clés le démontre clairement. Cela signifie que les trois aspects de l'éditorialisation – technologique, culturel et pratique – ne font qu'un. On ne peut les distinguer que d'un point de vue théorique. »

Marcello Vitali-Rosati → On editorialization : structuring space and authority in the digital age, Institute of Network Cultures, Amsterdam, 2018.

Pour en savoir plus

Marcello Vitali-Rosati → On editorialization : structuring space and authority in the digital age, Institute of Network Cultures, Amsterdam, 2018. LIEN

Bruno Bachimont → Nouvelles tendances applicatives : de l'indexation à l'éditorialisation, Paris, Hermès, 2007. LIEN

Gérard Wormser → Revue sens-public.org LIEN

2. Pratiques créatives de l'éditorialisation

Marion Balac, 2017unfinishedconstructionsite.net

Marion Balac, 2017unfinishedconstructionsite.net

« L'ère numérique remet en cause le fonctionnement de la culture, qui imposait que l'oeuvre soit consommée sous la forme choisie par l'éditeur. Les lecteurs et les fans retrouvent les pratiques de la culture pré-industrielle où les contes pouvaient être réappropriés en permanence par les auditeurs. »

Patrice Flichy → Le sacre de l'amateur, éditions du Seuil, 2010.

David Horvitz, 2009Mood Disorder

David Horvitz, 2009Mood Disorder

Émilie Brout et Maxime Marion, 2016Ghosts of your Souvenir

Gianni Motti, 2000 → Apparition

3. Circulation des contenus artistiques en ligne

On vient de voir des productions artistiques se servant des dynamiques de l'éditorialisation mais il y a également du contenu artistique qui circule par ces dynamiques sans intervention de la part des artistes.

Mathieu Tremblin, 2017 → Matching Urban Interventions

collectif new-yorkais DIS, 2014 → #artselfie, publié chez Jean Boîte Éditions

Daniel Buren → Les colonnes, Place du Palais Royal, sur GGSV

Bérénice Serra, 2018Résidence

Google Arts and culture → Application Google Art Selfie

« Mais ce travail de contextualisation est rendu délicat, puisque en totale contradiction avec le pacte qui lie l'artiste au pouvoir dominant. En effet, il y a là comme un hiatus : comment porter un regard critique envers ceux dont on est tenu de faire la promotion ? Selon la célèbre règle de la reconnaissance du ventre, comment un artiste pourrait-il produire une oeuvre inédite et contextuellement pertinente, dans des lieux aussi chargés que les fondations Vuitton, Benetton, Ricard, Cartier, Total ou Hugo Boss ?  »

Laurent Cauwet → La domestication de l'art : politique et mécénat, La fabrique éditions, Paris, 2017.

ING et Microsoft → The next Rembrandt

« The Next Rembrandt: ING, a Dutch multinational banking group, was looking for a way to innovate and stand out amongst its competitors. Because ING is a longtime supporter of Dutch arts and culture — a world that’s steeped in tradition — “art” became the natural playground for the brand’s venture into innovation. “The Next Rembrandt,” is a 3D-printed painting born through our collaboration with ING, Microsoft, advisors from TU Delft, The Mauritshuis and the Rembrandt House Museum. Made solely from data derived from 346 known paintings by Rembrandt, a 17th century Dutch artist known as one of the greatest painters in European art, “The Next Rembrandt” was created from a deep, 18-month analysis of his work. A facial-recognition algorithm learned Rembrandt’s techniques; pixel data helped the computer mimic brushstrokes; and an advanced 3D printer brought the painting to life using 13 layers of ink. The portrait consists of 148 million pixels and is based on 168,263 fragments from Rembrandt’s portfolio. The painting will be exhibited next to real Rembrandts at the Musée Jacquemart-André in Paris, and featured in the upcoming Netflix series, “Bill Nye Saves the World.” It garnered 10 million Twitter impressions on launch day and has been featured in 1,400+ articles. On launch day, ING and partner Microsoft stock values increased (ING ^1.22%, MSFT ^0.49%). Post-launch, Google search interest for ING increased 61.29%, and 20% for Microsoft. »

J.Walter Thompson → Sur le site internet de l'entreprise de développement

4. À propos du collectif

« Les plus fortes autorités dans l'espace numérique sont les entreprises puissantes pour lesquelles cette organisation non hiérarchique offre la possibilité de cultiver un modèle ultracapitaliste, tel que l'a démontré Morozof dans ses travaux. Souvent, l'aspect collectif n'est qu'un moyen d'exploiter les gens pour enrichir une entreprise privée. Les cas de Uber et d'AirBnb sont tout à fait significatifs : tout y est évalué. Les gens font ces évaluations sans même être payés. Toute personne impliquée dans ces collectifs est d'une certaine manière contrôlée par les autres (les conducteurs sont évalués par les passagers, les passagers sont évalués par les conducteurs, les hôtes par leurs invités, les invités par leurs hôtes). L'entreprise exploite le contrôle mutuel des individus afin de produire son capital. C'est ce que certains chercheurs appellent le digital labor. Ainsi, au lieu de produire des biens communs (commons), les collectivités produisent du capital. »

Marcello Vitali-Rosati → On editorialization : structuring space and authority in the digital age, Institute of Network Cultures, Amsterdam, 2018.

reCaptcha, système s'appuyant sur le crowdsourcing, acheté par Google en 2009

Sur internet, tout est écriture. Le geste de lecture même, devient écriture. Le chemin que je fais pour arriver sur ma page, le temps que j'y passe, les mouvements de ma souris, la vitesse du scroll, les liens sur lesquels je clique, etc. Ce comportement est enregistré et écrit en temps réel. Ces données serviront même, grâce aux développement d'algorithmes, à reconfigurer la présentation de la publication (fil d'actualités Facebook, Une des grands quotidiens en ligne, publicité ciblée, etc.).Les comportements des utilisateurs, à leur insu, est utilisé pour façonner les systèmes de publication.

Voir la conférence de Dominique Cardon et Audrey Laplante → Écriture numérique et éditorialisation LIEN.

Il faut donc se réappropier les systèmes d'éditorialisation de deux manières :

"The first possibility for short-circuit the pessimistic argument is found in the plurality of behaviors and pratices. The second is found in the plurality of technologies"

"This kind of action is what the Situationists used to call ‘détournement’. Détourner, literally means ‘to divert’ or ‘turn away’. The term is based on the notion of space : the main idea of Situationists was to give spaces another meaning by doing things within them that were not predicted by the structure of the space itself. "

Marcello Vitali-Rosati → On editorialization : structuring space and authority in the digital age, Institute of Network Cultures, Amsterdam, 2018.

5. Systèmes de publication et culture du logiciel libre

Le groupe français PrePost Print LIEN

Utiliser les langages du web pour faire de l'édition hybride, à la fois en ligne et imprimée.

CSS Print

CSS Regions

En s'appuyant sur les propriétés W3C et en ajoutant l'utilisation d'un polyfill (Paged.js)

HTMLTOPRINT → Outil de visualisation par OpenSourcePublishing

Une idée serait également de produire des systèmes de publication alternatifs à protocole.

Sol Lewitt, 1970 → Diagram, oeuvre à protocole

6. Rendre public, un rapport avec l'espace public ?

Bérénice Serra, 2017 → Public

"Le processus d'éditorialisation d'une ville comme Paris, notamment, comprendra l'ensemble des cartes numériques de Paris (Google maps, Mappy, Openstreetmap), mais aussi les commentaires de voyageurs sur Expedia et TripAdvisor, les données sur Wikipédia ou Dbpedia, différents types d'images, de même que les sites institutionnels (le site de la ville de Paris, ceux des nombreux musées de la ville). Lorsque l'on marche dans la ville, nous évoluons dans un espace qui est donc produit par l'ensemble de ces pratiques. Être à Paris en revient à se situer dans un espace où les murs, les bâtiments, l'architecture coexistent avec Google maps, l'information sur les restaurants, les horaires d'ouverture des musées, ainsi qu'une variété infinie d'autres narrations produites sur la ville. Cette dernière est ainsi forméepar la somme de tous ces éléments. "

Marcello Vitali-Rosati → On editorialization : structuring space and authority in the digital age, Institute of Network Cultures, Amsterdam, 2018.

"On peut vouloir partager "sa" ville comme on partage certains moments de sa vie sur les réseaux sociaux. Tandis que la représentation de ce qui arrive au sein des grands systèmes techniques se veut parfaitement objective, nombre de ces cartes, surtout celles que réalisent les individus, mélangent éléments objectifs et notations de nature résolument subjective."

Antoine Picon → Smart Cities, B2, 2015.

Revue en ligne → sens-public.org.

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