LE PROJET DE RECHERCHE GRAPHIQUE SWIPE PROPOSE D'ENVISAGER LA M√ČTHODE DE LA SAISIE GESTUELLE COMME UN SYST√ąME D'√ČCRITURE √Ä PART ENTI√ąRE. ūüďĄ

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Cahier d'écriture Swipe

Swipe est un syst√®me d'√©criture imagin√© par B√©r√©nice Serra et inspir√© par le principe de la saisie gestuelle qui permet, sur smartphone ou tablette, d'√©crire en reliant de mani√®re continue les lettres qui composent chaque mot. Dans le cadre du projet d'√©criture Swipe, ce sont les trac√©s produits par l'utilisation du clavier virtuel ‚ÄĒ volontairement ignor√©s dans l'application ‚ÄĒ qui sont consid√©r√©s comme un syst√®me de notation √† part enti√®re.

Ce cahier d'écriture propose des exercices pratiques et poétiques afin d'envisager l'apprentissage de ce système de notation, en dehors de son environnement numérique, comme une manière de renouveler l'écriture cursive.

L'article ¬ę‚ÄČSwipe ou l'√©criture tout court‚ÄȬĽ √©crit par B√©r√©nice Serra et Gianni Gastaldi, et situ√© en derni√®re partie de cet ouvrage, a fait l'objet d'une parution dans la revue Formules, revue des litt√©ratures √† contraintes, √† l'occasion du 22e num√©ro consacr√© aux Litt√©ratures, performances et technologies et dirig√© par Lucile Haute et Allan Deneuville.



Bérénice Serra

N√©e en 1990, B√©r√©nice Serra est une artiste et chercheuse travaillant √† Caen (FR) et Z√ľrich (CH). Elle enseigne l'√©dition d'art et les pratiques num√©riques √† l'√Čcole d'arts & m√©dias Caen/Cherbourg, en Normandie. Sa pratique, tant plastique que th√©orique, se concentre sur la notion de publication √† l'√®re num√©rique.


Swipe, cahier d'écriture

Swipe est un syst√®me d'√©criture inspir√© par le principe de la saisie gestuelle qui permet, sur smartphone ou tablette, d'√©crire en reliant de mani√®re continue les lettres qui composent chaque mot. Dans le cadre du projet d'√©criture Swipe, ce sont les trac√©s produits par l'utilisation du clavier virtuel ‚ÄĒ volontairement ignor√©s dans l'application ‚ÄĒ qui sont consid√©r√©s comme un syst√®me de notation √† part enti√®re.

Ce cahier d'écriture propose des exercices pratiques et poétiques afin d'envisager l'apprentissage de ce système de notation, en dehors de son environnement numérique, comme une manière de renouveler l'écriture cursive.























Design et développement : Bérénice Serra
Textes : Gianni Gastaldi & Bérénice Serra
Date du projet : juillet 2020
Site internet : berenice-serra.com/swipe
Dernière mise à jour : octobre 2020
Remerciements : Allan Deneuville, Lucile Haute,
Lor√®ne Ceccon et Isabelle Da√ęron
Typographie utilisée : Roboto, Christian Robertson

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Partie A. trois principes d'écriture swipe

Notes


[1] Qu‚Äôon appelle cet ordinateur ¬ę‚ÄČt√©l√©phone‚ÄȬĽ ne constitue gu√®re d‚Äôautre qu‚Äôun fait anecdotique.
[2] Plus de 45% de la population mondiale est supposé utiliser un smartphone en 2021 (source : Newzoo, ID 330695).
[3] ¬ę‚ÄČFouetter l‚Äôair en direction de qch‚ÄȬĽ (Collins English-French Dictionary, HarperCollins Publishers).
[4] Une description des origines de ces travaux peut être trouvée dans le site personnel de Kristensson : http://pokristensson.com/gesturekeyboard.html.
[5] Près de 40 au lieu de 30 mots par minute, environ (voir : Palin et al., 2019; Reyal et al.).
[6] La pi√®ce Swipe a √©t√© expos√©e au Shadok-Frabrique du num√©rique (Strasbourg, 2019) ainsi qu‚Äôau festival Ars Electronica (Linz, 2019). Pour plus des d√©tails sur cette Ňďuvre, voir : bereniceserra.com.
[7] Hjelmslev, Louis. Prolégomènes à une théorie du langage. Paris : Minuit, 1971, § 12.
[8] Par exemple, le mot inévitable résulte, sur un clavier d’ordinateur, en quelque chose comme ijnhgredfvbhuiuytrezazerfvbnjklkjhgre.
[9] Saussure (de), Ferdinand. Cours de linguistique générale. Paris : Payot, 1916, p. 165.
[10] Ducrot, Oswald ; Schaeffer, Jean-Marie. Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du langage. Paris : Seuil, 1999, p. 23-41.
















Références


Ducrot, Oswald ; Schaeffer, Jean-Marie. Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du langage. Paris : Seil, 1999.

Foucault, Michel. ¬ę‚ÄČLa Peinture Photog√©nique‚ÄȬĽ. Dans : Dits et √©crits. Paris : Gallimard, 2001, pp. 1575-1583.

Hjelmslev, Louis. Prolégomènes à une théorie du langage. Paris : Minuit, 1971.

Palin, Kseniia ; Feit, Anna Maria ; Kim, Sunjun ; Kristensson, Par Ola ; Oulasvirta, Antti. ¬ę‚ÄČHow Do People Type on Mobile Devices? Observations from a Study with 37,000 Volunteers‚ÄȬĽ, dans : Proceedings of the 21st International Conference on Human-Computer Interaction with Mobile Devices and Services. Taipei : Association for Computing Machinery, 2019.

Reyal, Shyam ; Zhai, Shumi ; Kristensson, Per Ola. ¬ę‚ÄČPerformance and User Experience of Touchscreen and Gesture Keyboards in Lab Setting and in the Wild‚ÄȬĽ. Dans : Proceedings of the 33rd Annual ACM Conference on Human Factors in Computing Systems. S√©oul : Association for Computing Machinery, 2015.

Saussure (de), Ferdinand. Cours de linguistique générale. Paris : Payot, 1916.

Zhai, Shumi ; Kristensson, Per Ola. ¬ę‚ÄČShorthand Writing on Stylus Keyboard‚ÄȬĽ. Dans : Proceedings of the SIGCHI Conference on Human Factors in Computing Systems. Lauderdale : Association for Computing Machinery, 2003.

















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ces processus mouvants, et une poésie d'une tout autre nature, au croisement du linguistique et du figural, dont les ressorts nous sont encore inconnus, devient soudainement possible, relançant encore de nouvelles ouvertures.

Vers une naturalité de l'écriture numérique

Organisation stratifi√©e, identification oppositionnelle, performance √©volutive : voil√† les principes qui ressortent d'une pratique d'√©criture num√©rique comme la saisie gestuelle lorsque, comme dans le cas de Swipe, elle est prise au s√©rieux en tant que pratique d'√©criture tout court. Ces principes ne constituent pas des propri√©t√©s sp√©cifiques d'un medium, d'une technologie ou d'un support d'enregistrement, mais ils commandent l'√™tre de toute √©criture, lorsqu'elle est l'√©criture d'une langue naturelle. Or, si toute √©criture est soumise √† ces lois g√©n√©rales du langage, un syst√®me d'√©criture comme celui sugg√©r√© par Swipe les int√®gre, pour ainsi dire, ¬ę¬†by design¬†¬Ľ . Non pas qu'elles constituent des fonctionnalit√©s (des ¬ę¬†features¬†¬Ľ) d'un logiciel qui le rendraient plus performant que d'autres, et d√®s lors plus attrayant pour les potentiels acheteurs. Pas plus que ces propri√©t√©s aient guid√© consciemment sa conception dans la t√™te de ses cr√©ateurs. Identifier un cr√©ateur unique de ce type de syst√®mes rel√®verait d'ailleurs plus du mythe fondateur que des conditions historiques qui veulent toujours que l'√©mergence de ces id√©es se fasse au croisement d'une multiplicit√© difficilement localisable de pratiques et de r√©flexions. Le design n'est donc ici qu'anecdotique. Que Swipe int√®gre, pour ainsi dire, par syst√®me, ces principes veut dire alors que, en tant que syst√®me et ind√©pendamment des desseins originaux, savoir le manipuler implique sinon devenir conscient, du moins probl√©matiser les principes qui r√©gissent de mani√®re silencieuse toute √©criture. Performer Swipe au del√† des limites impos√©es par l'interface des dispositifs num√©riques, c'est performer l'√©criture de la langue dans ce qu'elle a de plus naturel.

Enfin, la perspective ainsi offerte par Swipe sur l'√©criture √† l'√®re du num√©rique permet d'ouvrir des pistes sur la qualification du num√©rique en tant que tel. Car avant d'√™tre un ph√©nom√®ne relevant de la technique, de la science ou de la soci√©t√©, ce que l'on appelle de nos jours ¬ę¬†num√©rique¬†¬Ľ a trait √† la nature et √† l'exp√©rience de la textualit√©. Une √©tude de cette question reste sans doute























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de termes n'est pas moins un artifice. Or adopter un tel artifice comme contrainte fondamentale pour tout ce qui peut √™tre √©crit dans un langage risque d'avoir des effets hautement contraignants quant √† la puissance cr√©atrice propre √† tout langage. Cela peut √™tre facilement constat√© en essayant d'√©crire un mot hors vocabulaire, tel que ind√©corable. Dans son √©tat actuel, l'algorithme rendra invariablement le mot in√©vitable √† la place, dont le motif correspondant est, parmi ceux du vocabulaire, le plus proche de la figure produite par le parcours d'ind√©corable. Un syst√®me ainsi construit risque alors d'incarner une conception profond√©ment conservatrice de l'√©criture, n√©gligeant toute originalit√© par la restitution sans appel d'une coh√©rence pr√©alablement √©tablie. La correction orthographique mentionn√©e plus haut pourrait d'ailleurs √™tre comprise comme rien d'autre qu'une manifestation de ce conservatisme. Ce ph√©nom√®ne est, d'ailleurs, d'autant plus flagrant que l'on s'√©loigne, volontairement ou pas, des usages courants de la langue, ce qui peut aller jusqu'au cas extr√®me o√Ļ l'algorithme retrouve toujours un mot ¬ę‚ÄČcorrect‚ÄȬĽ m√™me dans le cas o√Ļ le parcours dessin√© sur le clavier tactile est d√©lib√©r√©ment chaotique.

Dans les différentes implémentations de la saisie gestuelle, cette difficulté est contournée par le recours à l'écriture dactylographique, qui reste toujours possible sur le clavier virtuel des dispositifs numériques. Si l'on considère la saisie gestuelle comme système d'écriture à part entière, cela suggère que celui-ci ne saurait se suffire à lui-même, l'écriture dactylographique restant après tout la norme de l'écriture et son garant en dernière instance. Mais à bien y regarder, cette insuffisance du système ne relève pas d'une faiblesse intrinsèque des principes sur lesquels il s'appuie, et n'est donc nécessaire qu'en apparence. Car si la liste des mots constituant le vocabulaire est nécessairement finie, elle n'a pas à être close pour autant. Close, elle ne l'est que par une décision arbitraire. Mais rien n'empêche de rendre le contenu de cette liste dynamique, de telle sorte que des éléments soient constamment ajoutés ou effacés en fonction des l'évolutions des habitudes d'écriture. C'est même le principe fondamental de la saisie gestuelle qui y invite qui s'appuie, comme on l'a vu, sur la capacité d'accorder une existence simple et séparée aux gestes frequents initialement composés d'unités préexistantes (typiquement des caractères). À la limite, on pourrait imaginer un vocabulaire initial constitué uniquement des gestes élémentaires pour les unités irréductibles (les lettres, par























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able (tout comme tion, ment ou ient, par exemple), se trouve parmi les séquences à quatre lettres les plus probables, et en tant que telle, la trace correspondante sur Swipe est susceptible de se dégager comme une unité sinon indépendante, du moins parfaitement distincte.

En cela, Swipe comporte une puissance critique singulière vis-à-vis de la nature du langage. Car au fond, comme il a été souvent signalé en linguistique, le mot n'existe pas. Le privilège traditionnellement accordé au mot dans l'écriture du langage se trouve ainsi déjoué par la logique non moins que par la pratique de ce système d'écriture. Et, en échange, celui-ci révèle une organisation du langage plus complexe, dont l'originalité à la fois inattendue et radicale est d'avoir la puissance de capturer de principes de stratification et articulation morphologiques, syntaxiques, voire stylistique au niveau de l'écriture elle-même.

L'identité dans la différence

La remarquable efficacité de la saisie gestuelle telle qu'elle est implémentée dans les dispositifs numériques à usage quotidien est sans cesse constatée avec surprise dès le premiers essais réalisés par des nouveaux utilisateurs. En effet, la précision avec laquelle les mots visés sont rendus est certainement inattendue, compte tenu des parcours sur l'écran après tout hautement imprécis et variables.

Le dispositif tient cette efficacit√© de la fa√ßon dont est r√©alis√©e la reconnaissance des figures. La suite de lettres finalement rendue pour un parcours donn√© n'est pas le r√©sultat direct des touches parcourues. Il suffit d'essayer de ¬ę¬†swiper¬†¬Ľ sur un clavier m√©canique pour s'en convaincre[8]. Mais elle ne r√©sulte pas non plus de l'identification de temps d'arr√™t dans ces parcours, dont la travers√©e sans solution de continuit√© ne fait qu'am√©liorer les performances. L'identification finale d'un mot √† partir de la multiplicit√© instable des parcours possibles se fait, d'une toute autre mani√®re, par la capacit√© que les figures r√©sultantes ont de discriminer un √©l√©ment parmi une liste finie de mots. Plus pr√©cis√©ment, une liste finie de mots √©tant donn√©e (i.e. un vocabulaire), chaque mot est mis en correspondance avec un motif prototypique propre, si bien que tout parcours realis√© sur le clavier virtuel pourra d√®s lors √™tre associ√© au motif le plus proche, et s√©lectionner ainsi le mot correspondant. Aussi, les possibilit√©s








































Partie B. trois exercices d'écriture swipe


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Si au d√©but, pour saisir un mot, on doit parcourir une √† une les lettres qui le composent, les saisies r√©p√©t√©es de ce m√™me mot finissent par arracher ce geste au contr√īle des lettres sur le clavier et √† l'investir d'une unit√© et d'une ind√©pendance nouvelles. Par cette transition, un repertoire de gestes simples est progressivement construit par l'utilisateur comme autant d'unit√©s dans un vocabulaire √©largi, auquel il pourra d√®s lors avoir recours pour contourner la saisie alphab√©tique traditionnelle.

Or, ces unités ne restent purement gestuelles que parce que leur trace sur l'écran est ignorée. Mais il suffit de recueillir ces traces pour que les prémisses d'une véritable écriture soient mises en lumière. C'est ce que propose la pièce Swipe présentée dans le cahier graphique précédent ce texte [6]. Les gestes deviennent ainsi des formes, prélevant une dimension figurale implicite dans l'écriture dactylographique, susceptible de constituer un système d'écriture autonome.

Ces formes extraites des gestes √©mancip√©s de la grille dactylographique constituent de v√©ritables monogrammes, entrela√ßant des lettres pour ne former qu'un seul caract√®re. Pourtant, ces monogrammes sont d'un type radicalement nouveau. Car si chacun d'eux atteint une existence autonome, ils n'ont pas vocation √† se constituer en signes ind√©pendants, tels des ic√īnes ou des logos. Ces monogrammes deviennent plut√īt ce qu'il faudrait appeler, suivant l'approche d'une s√©miologie structurale [7], des figures, c'est-√†-dire des unit√©s d'expression atomiques dont les rapports r√©ciproques constituent la base sur laquelle s'√©rige un syst√®me de signes. Seulement, √† la diff√©rence des figures habituelles (comme les caract√®res), ces figures ne sont pas moins des signes, car elles sont li√©es de mani√®re n√©cessaire √† un contenu.

La stratification du langage

Le système d'écriture qui se dessine de cette façon est alors doué des propriétés remarquables. À commencer par le fait que l'écriture alphabétique sur clavier récupère ainsi l'un des traits principaux de l'écriture cursive, voire même des principes gouvernant l'écriture idéographique ou pictographique. Tout comme ces dernières, la saisie de chaque mot comme des expressions simples (i.e. non composées, aussi complexes soient-elles) rappelle que les






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Face √† cette orientation vers l'illettrisme au sein de la litt√©ralit√© num√©rique, il suffit de rappeler un fait simple mais significatif : aucun dispositif num√©rique ne saurait de nos jours se passer d'un clavier. On voit mal d'ailleurs comment il pourrait le faire sans pousser du m√™me coup ses utilisateurs √† une passivit√© extr√™me. Si bien que l'insistance des claviers, voire leur centralit√© au cŇďur des dispositifs num√©riques, doit √™tre tenue pour sympt√īme du fait que si √©crire n'est pas aligner des lettres, l'√©criture constitue pourtant bien un certain travail sur des caract√®res. Aussi, pour saisir ce que les nouvelles pratiques textuelles dans le cadre du num√©rique r√©v√®lent de positif quant √† la nature de l'√©criture en tant que telle, il faut se concentrer sur la fa√ßon dont ces pratiques sont capables d'investir les principes de l'√©criture alphab√©tique de nouvelles puissances.

Swipe

Parmi la s√©rie de nouvelles formes scripturales associ√©es √† l'√©mergence du num√©rique, il y en a une qui, de ce point de vue, m√©rite une attention sp√©ciale. Il s'agit de la saisie gestuelle, plus largement connue sous le nom de swipe. Le mot ¬ę‚ÄČswipe‚ÄȬĽ, et sa d√©clinaison verbale ¬ę‚ÄČswiper‚ÄȬĽ, est emprunt√© du verbe anglais to swipe [3], devenu le terme consacr√© pour r√©f√©rer √† toutes les op√©rations sur un dispositif num√©rique qui impliquent le glissement d'un doigt sur la surface de l'√©cran tactile. Dans le contexte de la saisie textuelle, cela renvoie plus particuli√®rement √† une technique d'√©criture sur clavier virtuel permettant aux utilisateurs des dispositifs num√©riques d'√©crire les diff√©rents mots du texte voulu, non pas en tapant chaque lettre, selon la pratique h√©rit√©e des claviers m√©caniques, mais en faisant glisser un doigt √† travers la s√©rie de touches correspondantes. Ainsi, pour √©crire le mot in√©vitable, on place le doigt sur la zone du clavier virtuel correspondant √† la lettre i , et on le glisse en parcourant successivement les lettres n, e, v et ainsi de suite, jusqu'au dernier e, sans jamais abandonner le contact avec la surface de l'√©cran.

Originalement introduite en 2003 par Per-Ola Kristensson en collaboration avec Shumin Zhai (2003), alors que l'un était étudiant à l'Université de Linköping (Suède) et l'autre chercheur chez IBM [4], la saisie gestuelle a été popularisée ensuite sous la forme de différentes applications pour tablettes et smartphones à écran tactile.






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Car si une chose est devenue √©vidente depuis que l'√©criture dactylographique s'est r√©pandue comme √©criture proprement manuscrite, c'est moins la mani√®re dont la textualit√© se laisse informer par (voire enfermer dans) la surface close du clavier, que les multiples moyens qu'elle a, dans sa pratique quotidienne, d'y √©chapper. En effet, les derni√®res d√©cennies ont √©t√© t√©moins d'un foisonnement des moyens expressifs au niveau des pratiques proprement num√©riques d'√©criture, qui transgressent en tous sens les limites pr√©tendument impos√©es par l'interface dactylographique des dispositifs portables: emojis, gifs, photos, vid√©os, m√®mes, dessins, captures d'√©cran, liens hypertextuels, cartes, croquis, annotations, enregistrements vocaux ... Toutes ces pratiques scripturales constituent autant d'ouvertures de la textualit√© num√©rique dont la source doit √™tre cherch√©e dans l'incapacit√© de l'√©criture tapuscrite √† satisfaire les besoins et principes propres √† la spontan√©it√© de l'√©criture quotidienne ‚Äď tels l'expressivit√©, la figuralit√©, la vitesse ou l'√©vanescence ‚Äď monopolis√©s jusqu'√† r√©cemment par l'√©criture manuscrite.

Paradoxalement, tout se passe comme si, √† l'instant m√™me o√Ļ le tapuscrit se livrait √† la conqu√™te totale et sans appel de l'√©criture sur la lanc√©e de la r√©volution num√©rique, l'√©criture se trouvait plus que jamais affranchie de toutes les contraintes que touches, engrenages, l√©viers, ressorts, articulations et caract√®res de plomb faisaient peser sur elle. Ainsi compris, ce moment a quelque chose de celui qui suivit, il y a d√©j√† un si√®cle et demi, l'√©mergence de la photographie. Mais non d'apr√®s le sens que le point de vue des media pourrait accorder √† cet √©v√©nement, √† savoir celui de la continuation de la peinture par d'autres moyens, et de la cons√©quente capture de l'image dans des nouvelles conditions et contraintes mettant √† mal le sens du medium pictural, oblig√© d√©sormais de se battre contre sa propre obsolescence. Il faut penser ici plut√īt √† cette p√©riode, situ√©e par Foucault entre les ann√©es 1860 et 1880 (Foucault, 1975), o√Ļ les m√©langes sans pr√©ceptes ni embarras entre les pratiques picturales et photographiques entra√ģn√®rent une circulation fr√©n√©tique d'images, un v√©ritable carnaval des yeux, o√Ļ l'image comme telle se trouva, f√Ľt-ce le temps d'un clignotement, lib√©r√©e des contraintes de ses media devenus soudainement pluriels. Lib√©rateur pour les images, ce moment le fut aussi pour la peinture, qui loin de se voir substitu√©e, d√©plac√©e ou assujettie aux commandements du nouveau medium photographique, en a fait l'occasion de se d√©livrer √† son








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Partie C. article par Gianni Gastaldi & Bérénice Serra


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